Une année européenne #57 min read

Poursuivant le travail de diagnostic des relations de la France avec ses partenaires européens sur les questions de souveraineté et de de Défense, divers échanges m’ont donné l’opportunité de mieux appréhender comment la France est perçue par ses pairs.

Octobre – Novembre 2018

La volonté politique d’une Europe de la Défense plus forte, plus solidaire et plus autonome portée par le Président de la République est bien appréciée. Toutefois les initiatives lancées par la France en matière de coopérations bilatérales et multilatérales interrogent, que ce soit par le passé avec la Grande Bretagne par le traité de Lancaster House ou plus récemment avec l’Allemagne avec le projet de SCAF (Système de Combat Aérien Futur) ou encore l’Initiative européenne d’Intervention (IEI).

Par ces relations exclusives, ne risque-t-on pas d’émietter une Europe de la Défense encore naissante ? Cela ne va-t-il pas à l’encontre d’une solidarité plus inclusive envers les autres pays ?

Tour d’horizon.

La Suède en passe de rallier l’OTAN ?

Suite aux élections législatives de septembre, la Suède ne parvient toujours pas à former un nouveau gouvernement. Ulf Kristersson, chef des Modérés (libéraux conservateurs), a la charge de le former.

Les Démocrates suédois, mouvement nationaliste en nette progression (18%), ont pour l’instant été exclus de toutes négociations. Leur score de 18% s’explique en partie par le sentiment qu’ont les Suédois d’être floués en acceptant sur leur sol une forte part de migrants, engagement non honoré par leurs partenaires européens. Néanmoins, les Suédois demeurent attachés aux institutions européennes. Ils sont en revanche peu favorables à l’instar d’autres « petits pays » européens à une Union européenne à plusieurs vitesses et ne voient pas d’un bon œil l’hégémonie du couple franco-allemand.

La Suède évolue lentement vers une sortie de la neutralité. En 2017, elle a relancé la conscription et multiplié par deux ses effectifs en 4 ans (~30 500 hommes). Cette mesure, entre autres, démontre l’appréhension réelle que suscite l’activisme russe dans la région.

Paradoxalement, la posture de neutralité lui impose d’avoir un appareil militaro-industriel souverain. La Suède s’arroge les technologies les plus avancées, s’appuyant sur des coopérations avec les américains.

Aujourd’hui, la Suède participe déjà à 140 groupes de travail au sein de l’Alliance atlantique et y voit un intérêt certain pour son industrie (SAAB). Cette orientation atlantiste préfigure une possible adhésion à l’OTAN, sous réserve que la Finlande y adhère concomitamment.

Elle prend part également à des initiatives bilatérales, notamment auprès du Royaume-Uni, de l’Allemagne ou encore des États-Unis.

Pour l’instant, l’IEI est perçue par les autorités suédoises comme une initiative trop indépendante des institutions de l’Union, voire délétère par rapport aux avancées récentes au niveau communautaire, comme la Coopération Structurée Permanente (CSP) menée sur une base inclusive. Cette posture, compréhensible, est à relativiser : comme évoqué plus haut, la Suède a rejoint la JEF britannique.

De même, il est possible de questionner l’achat du système de défense anti-aérienne Patriot (américain) face aux offres européennes jugées plus performantes, y compris en termes budgétaires.

La Suède, à l’instar d’une majorité de partenaires européens, est favorable au lancement rapide du processus d’intégration des Balkans à l’Union européenne, contrairement à la France. Stockholm juge qu’il faut trouver rapidement un moyen d’accompagner l’association de ces pays, même à échéance lointaine. Ceci permettrait de ne pas les laisser dans le « désœuvrement », voire qu’ils se tournent vers d’autres alliances.

Achat du F-35 par la Belgique

La Belgique a fait le choix, en partie pour des raisons de politique intérieure, du F-35 américain pour remplacer ses avions de chasse. Ce contrat, d’un montant de 3,6 milliards d’euros (plus les contrats de maintenance et de formation), intervient à un moment peu opportun, alors que tente d’émerger une Europe de la défense plus étoffée, plus autonome.

Nous pouvons cependant nous féliciter de l’accord « Camo » (capacité motorisée). Il consiste au renouvellement de blindés légers de la composante Terre de l’armée belge (442 véhicules pour un montant de 1,5 Md €). Surtout, cet accord vise à une intégration plus forte entre nos armées, proposant un véritable « partenariat inédit [qui] comporte également un volet opérationnel incluant des entraînements, de la formation et le maintien en condition opérationnelle des matériels concernés ».

F-35 et « partage nucléaire »

Il convient de rappeler que la Belgique assure dans le cadre de l’OTAN une partie de la dissuasion nucléaire de l’Alliance. En clair : la chasse belge emporte l’arme nucléaire américaine. Les Pays-Bas, l’Italie et la Turquie font également partie de ce « partage nucléaire ». Tous ces pays ont fait le choix du F-35 américain pour remplir cette mission.

L’Allemagne contribue elle aussi à cette mission. Alors que Paris a souhaité s’associer à Berlin pour le programme SCAF, une incertitude demeure. En effet, la représentation allemande étudie actuellement l’option du F-35 pour renouveler une partie de sa flotte.

Le programme SCAF est un système prévoyant l’interopérabilité de plusieurs plateformes : drones, satellites, système de commandement autour d’un aéronef. Sans remettre en cause le programme de coopération, le choix du F-35 serait indéniablement de nature à troubler la marche de son développement.

 

Conclusion

En tant que représentants de la Nation, nous devons veiller à ce que la posture singulière de la France ne soit pas perçue comme arrogante, ni hégémonique.

Au contraire, nous devons renforcer les moyens de dialogue et d’influence dans tous les pays européens pour rapprocher les points de vue et expliquer notre approche qui vise à une Europe souveraine en matière de sécurité et de défense.

Il importe également de ne pas être naïfs quant à l’ambivalence des positions de certains de nos partenaires, qui oscillent tantôt entre une posture communautaire et un positionnement otanien. L’Allemagne agrège d’ores et déjà une majorité d’États membres de l’UE dans son sillage autour du concept de nation cadre de l’OTAN.

Prenons garde à ne pas nous marginaliser : l’Europe politique doit se développer sur la base de la cohésion de ses membres.

Rendez-vous en décembre pour mon prochain post !

Natalia Pouzyreff, députée des Yvelines

Pour plus d’information sur le concept de nation cadre : cliquez ici 

 

 

 

 

 

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