Une année européenne #48 min read

Débuté en mai 2018, ce journal de bord plus particulièrement axé sur les enjeux de souveraineté, retrace mois par mois sur une période de 1 an aboutissant aux élections au Parlement européen, progrès engagés, éventuelles reculades, qui feront le résultat que nous connaîtrons aux élections du 26 mai 2019.

 Août – Septembre 2018

Union européenne contre Europe des Nations, Progressistes contre Populistes : la maison Europe brûle

Contrairement à ses détracteurs Salvini et Orban, le Président Emmanuel Macron plaide pour une Europe plus unie et plus solidaire.

Le PPE, par la voix de Manfred Weber son chef de file au Parlement, s’est majoritairement prononcé en faveur des sanctions à l’encontre des politiques menées par Orban en Hongrie. Cette décision prise aux regards du respect des valeurs démocratiques qui unissent les nations de l’UE a conduit le PPE à clarifier son positionnement face aux forces siégeant à sa droite. Aussi peut-on s’interroger sur le vote des eurodéputés français ; 36 voix se sont exprimées en faveur des sanctions alors que presque autant, 34 voix, se sont soit abstenues, soit ont voté contre comme quelques LR et l’intégralité des représentants d’extrême droite. Ce vote laisse entendre que la droite de Wauquiez est plus proche des partis à visées populistes et souverainistes que du reste du PPE de Weber et Kurz.

Autre fait marquant du mois de septembre, le résultat des élections générales en Suède qui reflète également la progression des populistes avec un score de 18% réalisé par les « Démocrates de Suède ». 

Au sommet informel de Salzbourg, le contrôle des flux migratoires reste un sujet toujours aussi brûlant. Le projet de renforcer les effectifs des gardes-frontières FRONTEX est loin de recevoir l’assentiment des pays aux frontières extérieures de l’Europe car ils y voient une perte de leur souveraineté.

En arrière-plan de la question migratoire, la réalité est que certains pays d’Europe se relèvent à peine de la crise financière de 2008 et connaissent un contexte social difficile, avec dans les pays de l’Est, une dynamique économique entravée par un fort déclin démographique et la crainte de voir leur identité culturelle si chèrement acquise reculer.

 

C’est pour mieux appréhender ces problématiques et prendre la mesure du ressenti des populations, que j’ai entrepris d’aller à la rencontre des représentants politiques et de la société civile dans nos pays voisins.

Première étape : la Croatie

La Croatie, 4 millions d’habitants dont autant de Croates à l’extérieur, est le dernier pays à avoir rejoint l’UE en 2013. Le gouvernement actuel et sa majorité de droite modérée (HDZ) pro-européenne, aspire à intégrer la zone Schengen et ainsi à se rapprocher des nations du premier cercle de l’Eurozone.

Cependant les derniers sondages indiquent que les Croates sont en deuxième place parmi les peuples les plus eurosceptiques derrière les Tchèques et devant les Italiens.

La première question que j’ai posée à mes interlocuteurs, membre du gouvernement, représentants de l’administration et analystes politiques, a donc consisté à savoir ce qui à leur avis pouvait expliquer une telle désaffection.

En dépit d’un tourisme florissant, les résultats économiques, ne sont pas au rendez-vous et l’évaporation des forces vives de la nation reste le principal sujet de préoccupation.

La guerre est encore très présente à l’esprit des populations et la stabilité dans la Région reste bien fragile.

Pour les Croates, ONU et Europe ont failli pendant le conflit armé qui a opposé forces Croates à l’armée yougoslave. Pire, l’embargo imposé pendant cette période sur les achats d’armes a été vécu comme une grande injustice car le pays s’est retrouvé dépourvu de stock d’armes et de moyens d’en fabriquer. Néanmoins la Croatie a pu lever une armée conséquente de 250 000 hommes, entrainée par des instructeurs américains et avec l’appui de l’OTAN, elle a mené du 4 au 7 aout 1995, l’opération « Tempête » et a ainsi repris le contrôle de ses territoires occupés par les Serbes.

Les vétérans possèdent encore aujourd’hui un statut et des privilèges qui brident le renouvellement des élites politiques et empêchent la nation de se tourner résolument vers l’avenir.

Les Américains demeurent les alliés de premier plan en matière de Défense. Sous leur gouverne, un contrat d’achat de 12 chasseurs F-16 d’occasion a été conclu en 2018 avec Israël, d’aucuns déplorent que le Gripen n’ait pas été retenu, d’autres doutent que les Européens se soient réellement montrés intéressés par prendre part à cet appel d’offre.

Croatie et Serbie n’ont pas fini de régler les différends qui les opposent notamment en ce qui concerne la résolution des poursuites en justice des criminels de guerre.

Les accords de Dayton signés en décembre 1995 ont eu pour but de mettre fin aux conflits en Bosnie-Herzégovine cependant ils ne sont pas vus comme une solution durable et les tensions sur ce territoire qui comprend 2 Républiques et 3 peuples pourraient refaire surface.

Au niveau régional, Zagreb est favorable à une intégration, en temps voulu, du reste des Balkans à l’Union. Le processus d’adhésion est vu comme un moyen d’assurer une meilleure stabilité dans la Région.

En effet, de nombreux facteurs propres à déstabiliser la région des Balkans sont à l’œuvre :

  • l’influence forte de puissances étrangères à l’instar de la Russie, de la Turquie et dans une moindre mesure de la Chine ;
  • l’accumulation récente d’environ 3 000 migrants aux frontières côté Bosnie‑Herzégovine ayant transité par la Grèce, la Macédoine, le Kosovo puis la Serbie ;
  • l’approvisionnement énergétique (projet d’un terminal gazier acheminant en Europe le gaz de schiste américain) ;
  • et encore et toujours la corruption.

De fait, un manque d’Europe est fortement ressenti en dépit des investissements réalisés dans la Région.

L’opinion publique croate regrette que l’UE ne s’impose pas comme une puissance politique ayant la volonté de déployer une réelle capacité d’ingérence avec pour premier objectif de lutter efficacement contre la corruption et de contrebalancer quelque peu le jeu des influences russes et turques – À noter que la Russie détient via ses banques 10% du PIB Croate –

La Chine pousse également ses pions. Le forum 16+1[1] est destiné à étendre son influence à l’intérieur de nos propres frontières européennes.

À quand une Union européenne vecteur d’une Europe forte ?

La Croatie est aujourd’hui au carrefour des pays d’Europe centrale et des Balkans.

Dans le contexte géopolitique actuel, le pays demeure notre porte vers les Balkans, une région clef pour la sécurité en Europe, autant hier que demain.

[1] Coopération entre la Chine et des pays d’Europe centrale et orientale (CEEC) : Chine + Albanie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Rép. Tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Macédoine, Monténégro, Pologne, Roumanie, Serbie, Slovaquie and Slovénie. 11 de ces pays sont membres de l’UE.

Rendez vous pour “Une Année Européenne #5” le mois prochain !

Amitiés,

Natalia Pouzyreff

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