Après vous avoir partagé quelques repères sur les questions européennes au cours de cette année, voici mon regard sur le résultat des élections du 26 mai et sur la période qui s’ouvre.

Au lendemain des élections européennes, un constat s’impose : les cartes sont désormais rebattues.

Il ressort que le scrutin s’est fortement polarisé : les électeurs se sont positionnés soit pour les partis favorables à un réel approfondissement du projet européen, soit pour les forces eurosceptiques.

En France, les partis historiques, dont la ligne n’était pas suffisamment claire et affirmée, en ont pâti.

On ne peut que déplorer l’inscription de façon durable dans le paysage européen des forces nationalistes et souverainistes ; cependant leur progression a été contenue. Les bons scores du parti du Brexit de Nigel Farage et de la Ligue de Mattéo Salvini sont à mettre en perspective avec les échecs subis par leurs alliés en Espagne et aux Pays-Bas où les sociaux-démocrates ont obtenu une nette victoire (respectivement 32 % et 20 %).

Autre fait majeur, les groupes traditionnels que sont les conservateurs du PPE ou les sociaux-démocrates du PSE, reculent et perdent la capacité à gouverner conjointement l’UE comme ils le font depuis 1979. Ce recul des grands partis européens s’explique par l’émergence de deux nouvelles forces : les Verts européens qui enregistrent un afflux de 50 % de sièges supplémentaires et le groupe central des libéraux de Renew Europe, dont fait partie la liste Renaissance (LaREM-MoDem-Agir-radicaux), et qui dépasse désormais la centaine de députés.

Une période cruciale s’ouvre liée au renouvellement des postes à la tête des institutions européennes. Celle-ci transcrira le nouvel équilibre des forces au niveau européen.

Cette série de nominations commencera dès le 2 juillet avec la première session du Parlement européen qui élira son Président et ses vice-présidents, ainsi que la composition des différentes commissions dans lesquelles nos députés entendent désormais peser.

En septembre, ce sera au tour du président de la Commission européenne d’être désigné par la majorité des États-membres, avant d’être approuvé par le Parlement. Quatre personnalités sont pour l’instant sur les rangs : Margaret Vestager pour les libéraux, Franck Timmermans pour le PSE, Manfred Weber pour le PPE et Michel Barnier, qui bien que non-déclaré pourrait recevoir le soutien de la France. La nomination du président de la Commission donnera le coup d’envoi à celle des 27 commissaires qui la composeront et notamment le poste de vice-président et haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Cette nouvelle Commission aura à charge de définir la trajectoire de l’Union européenne pour les 5 ans à venir.

Deux dernières nominations de premier plan interviendront d’ici novembre : celles du Président du Conseil européen et du Président de la Banque centrale européenne.

Depuis 2017, une nouvelle ère s’est ouverte en matière de défense et de souveraineté européenne. La Commission pourrait renforcer cette orientation par la création d’une nouvelle direction générale à la défense et à l’espace.

Invitée à intervenir dans un sommet sur la sécurité européenne à Bruxelles, et contrairement à ce que laissent entendre certains médias français au sujet d’un potentiel isolement d’Emmanuel Macron en Europe, j’ai pu observer l’engouement des experts pour les initiatives du Président dans le domaine de la sécurité et de la défense. Les avis concordent sur la nécessité d’affirmer une souveraineté européenne. De surcroit, les notions de responsabilité et de solidarité face aux enjeux stratégiques font leur chemin parmi les acteurs politiques européens.

Nous nous situons à un moment charnière pour la vie de l’Union, chaque nomination étant éminemment politique et d’une importance capitale pour la poursuite du projet européen. Celles-ci donnent lieu à de multiples tractations entre partis politiques européens et les États-membres. Il apparait vital de sortir des logiques partisanes et des égoïsmes nationaux afin de renforcer les institutions de l’Union et ainsi lancer la Renaissance européenne que nous appelons de nos vœux.

Alors que les attentes des citoyens européens n’ont jamais été aussi fortes, notamment sur l’environnement et le social, le groupe Renew Europe aura la charge de les porter au Parlement européen.

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