Retrouvez mon interview dans Le Figaro :

Des pistes pour en finir avec les rodéos sauvages
Une mission de réflexion a été lancée pour lutter contre ce fléau qui a perduré pendant le confinement.

JEAN CHICHIZOLA – 6 JUIN 2020

DÉLINQUANCE
Ce week-end encore, un peu partout en France, des rodéos sauvages exaspéreront les habitants et les élus, compliqueront le travail des forces de l’ordre. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, sur les quatre premiers mois de l’armée, policiers et gendarmes ont réalisé pas moins de 5 673 interventions sur des rodéos, soit +16% par rapport à la même période en 2019. Plus visible pendant un confinement où les déplacements étaient réduits, le phénomène ne date pas d’hier. En 2017, policiers et gendarmes en signalaient plus de 15 000.

Face à ce fléau persistant, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, avait annoncé il y a une dizaine de jours «un nouveau plan d’actions, plus global». Une mission confiée aux députées LREM Catherine Osson (Nord) et Natalia Pouzyreff (Yvelines) est chargée de faire des propositions.

Trois propositions se dessinent d’ores et déjà pour la mission parlementaire : un approfondissement de la coopération de tous les acteurs locaux, un renseignement plus pointu et une riposte judiciaire plus adaptée. Côté coopération, Catherine Osson souligne que « la police nationale ne peut pas tout faire. Il faut insister sur l’implication des mairies, polices municipales, associations, éducateurs de rue, bailleurs sociaux». Comme le démontre le rôle joué par l’exploitation de la vidéosurveillance, le renseignement est aussi crucial. «Les forces de l’ordre ont-elles les moyens d’anticiper, par le renseignement, les regroupements, s’interroge Natalia Pouzyreff, d’identifier les organisateurs, dont la loi prévoit qu’ils soient punis même s’ils sont absents lors des rodéos? Ce sera l’une de nos préoccupations.» Catherine Osson souligne la pertinence des drones pou r compléter les dispositifs existants (hélicoptères, caméras…). Enfin, l’accent sera mis sur la création de données statistiques globalisées en matière de saisies de véhicules.

Incompréhension
Reste la question, épineuse et difficile (lire l’article ci-dessous), de la riposte judiciaire. Régulièrement, des décisions suscitent l’incompréhension des policiers et des gendarmes. Ainsi récemment, dans le Gard, de ce conducteur de 17 ans ayant tué un retraité dans un rodéo, en voiture cette fois. Condamné à deux reprises, sous contrôle judiciaire pour vol avec violence, ce mineur roulant en sens interdit et sous l’emprise de stupéfiants a été remis en liberté sous contrôle judiciaire par un juge des libertés et de la détention… Au-delà des polémiques, les députées évoquent la nécessité d’accompagner les primo-délinquants et de punir ceux qui relèvent de la criminalité en bande organisée. Ainsi de l’hypothèse de sanctions renforcées pour les conducteurs d’engins très rapides. Ou, pour les plus jeunes et les plus inconscients, de travaux d’intérêt général dans des services d’accidentés de la route.

Coopération au niveau local
Ces deux parlementaires connaissent bien le problème, puisqu’elles sont à l’origine de la loi anti-rodéo de 2018 créant un délit passible d’un an de prison et de 15000 euros d’amende (5 ans et 75000 euros en cas de facteurs aggravants). De nombreux habitants de leur territoire les saisissent régulièrement de ce danger. Elles devront évaluer l’application du texte de 2018. Un haut fonctionnaire souligne que «la loi a permis d’être plus efficace». Notamment sur la saisie de véhicules (obligatoire sauf décision motivée de l’autorité judiciaire). Les caves d’immeuble et autres parkings plus ou moins sauvages sont passés au crible. Avec des résultats limités mais incontestables, comme ces motos saisies dans des caves de Chanteloup-les-Vignes il y a quelques jours. Sous les projectiles lancés par les utilisateurs des motos en question… La vidéoprotection est également exploitée et des «cellules rodéos » permettent des échanges et une coopération au niveau local.

Les futures propositions venues d’élus de terrain aideront à lutter contre le phénomène. Sans le faire disparaître, car il est une activité essentielle dans certains quartiers, avec des contrevenants se croyant intouchables. «Toute poursuite est dangereuse, note un policier, pas seulement pour les pilotes, mais aussi pour les habitants et les policiers. Et la consigne est claire : pas de chasse. Mais les véhicules ne servent pas seulement aux rodéos, ils permettent aux trafiquants de « chouffer » un territoire plus grand, de « sécuriser » un quartier. Eux aussi patrouillent à leur façon. »

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